L’animal, par Didier Heulot

Ateliers populaires de philosophie

Septième cycle, les lundis 7, 14 et 21 mai et le lundi 4 juin 2012

L’animal
par Didier Heulot
Professeur de philosophie à Rennes

Cet atelier a donné lieu au livre « Qui sont les bêtes ? » aux éditions Apogée.
voir tous les ateliers publiés

Infos pratiques :
Lieu : Auditorium Paul Ricœur au lycée Zola, Avenue Janvier, Rennes
Horaires : tous les lundi, 18h-20h (hors vacances scolaires)
Entrée libre et gratuite, renseignements et contact : 06 11 14 23 70

Programme des ateliers populaires de philosophie 2011-2012

Présentation de l’atelier :

L’animal.

Lorsque je regarde mon chat, il me laisse perplexe. Autant je peux croire, un instant, qu’il me regarde, que je suis dans sa ligne de mire, visé par ses yeux et son esprit, au point que l’envie me vient de lui parler, de lui sourire, comme si son regard était une attente, un souhait exprimer de ne pas le laisser seul. Autant, l’instant suivant, je suis repris par ce même regard et je suis désillusionné, car il n’est plus un regard, mais un objectif d’appareil photo ou une optique mécanique et froide, et il faut que je me rende à l’évidence, il ne me regarde pas, il ne me vise pas, ou si je veux vraiment qu’il me regarde alors j’ai affaire à un regard qui me cherche comme s’il ne me voyait pas, il se tourne dans ma direction mais ne me voit pas, ou en tout cas ne me voit pas comme je vois, son œil est trop fixe, trop froid, il n’est pas humain.

Ne sommes-nous pas toujours dans ce balancement avec l’animal, hésitant sans cesse entre une commune nature avec nous et une étrangeté irréductible ? Descartes, contre Montaigne, a voulu résoudre le problème en prenant les animaux pour des machines : non qu’ils le soient vraiment, mais on peut sans doute s’en contenter. La reprise chrétienne par Malebranche scellera définitivement le sort des animaux : ce sont de pures mécaniques innocentes. Il faudra attendre 1789 et Jérémy Bentham pour qu’une souffrance animale soit possible, envisagée, conçue et ayant pour conséquences des droits animaux. Mais le droit est ambigu, la nature de l’animal n’est toujours pas déterminée, que sont-ils ou « qui sont-ils ? »

C’est la phénoménologie de Heidegger qui nous mettra sur la voie : l’animal est pauvre en monde et, définitivement, différent de moi. Qu’est-ce qui rend impossible une continuité entre lui et moi ? Qu’est-ce qui, pourtant, n’en fait pas un étranger absolu ? N’est-il pas ce type particulier d’altérité, qui n’est ni l’altérité de l’autre homme, ni l’altérité complète ? Peut-on sans excès lui attribuer le rang et la dignité d’un sujet ?

Il faudra aussi revoir notre attitude, à partir de cette ignorance : avons-nous tous les droits envers ceux qui n’en ont pas ? La question des droits animaux est-elle fondamentale ? Ne faut-il pas plutôt revoir notre attitude envers eux et envisager une communauté avec ceux dont, il faudra le reconnaître une bonne fois, on ne peut se passer ?

Bibliographie :

L’animal-machine.

– Descartes, Lettre au Marquis de Newcastle, Lettre à Morus du 5 février 1649 et Discours de la méthode, 5ème partie, dans Œuvres complètes, Bibliothèque de la Pléiade, Gallimard, Paris, 1953.
– Montaigne, Les Essais, livre II chap. XII, Apologie de Raimond Sebond, dans Œuvres complètes, Bibliothèque de la Pléiade, Gallimard, Paris,1962.

L’animal comme sujet, entre la machine et l’homme.

– Husserl, Le monde et nous. Le monde environnant des hommes et des bêtes. Husserliana XV, 1934.
– Martin Heidegger, Les Concepts fondamentaux de la métaphysique, Gallimard, Paris, 1992.
– Elisabeth de Fontenay, Le Silence des bêtes : la philosophie à l’épreuve de l’animalité. Fayard, Paris, 1998.
– Jacques Derrida, L’Animal donc que je suis. Galilée, Paris, 2006.
– Dominique Lestel, L’Animal est l’avenir de l’homme. Fayard, Paris, 2010.
– Etienne Bimbenet, L’Animal que je ne suis plus. Folio-Essais, Gallimard, Paris, 2011.

Des droits animaux ?

– Tom Regan, The Case for Animal Rights, Berkeley, University of California Press, 1983.
– Peter Singer, La Libération animale, Grasset, Paris,1993.
– Jonathan Safran Foer, Faut-il manger les animaux ? Éditions de l’Olivier, Paris, 2010.
– Françoise Armengaud, Réflexions sur la condition faite aux animaux, Kimé, Paris, 2011

 

La philosophie de la danse, par Sandrine Servy

Ateliers populaires de philosophie

Sixième cycle, du lundi 26 mars au lundi 30 avril 2012

La philosophie de la danse
par Sandrine Servy
Professeur de philosophie au lycée Émile Zola à Rennes

Infos pratiques :
Lieu : Auditorium Paul Ricœur au lycée Zola, Avenue Janvier, Rennes
Horaires : tous les lundi, 18h-20h (hors vacances scolaires)
Entrée libre et gratuite, renseignements et contact : 06 11 14 23 70

Programme des ateliers populaires de philosophie 2011-2012

Présentation de l’atelier :

Conférence 1 : 26 mars 2012

Cette première séance s’est vraiment voulue introductive à la philosophie de la danse.

La philosophie de la danse, cela existe ? À quel(s) type(s) de questions sommes-nous renvoyés, concernant quel genre « d’objet » spéculatif ? En quoi peut bien consister une philosophie de la danse ? Nous avons alors envisagé l’expression dansée comme un mode de rapport au monde en cherchant à déterminer ce qui pouvait faire sa spécificité. Nous nous sommes demandé pourquoi la danse avait fait l’objet d’une relative désaffection philosophique en rappelant les positions de l’esthétique hégélienne par exemple. Nous sommes alors revenue à l’affirmation d’une danse « philosophique par nature » en retenant l’affinité profonde entre « la pensée en mouvement » et « le mouvement de la pensée ». Nous avons conclu sur un cours exposé de deux belles exceptions à se désintérêt relatif : Alain et Gilson.

Éléments bibliographiques pour les conférences sur l’histoire de la danse :

ALAIN, Système des beaux-arts, Paris, Gallimard, 1978 (1ère éd. 1926), Folio-Essais.

BADIOU (Alain), Petit manuel d’inesthétique, Paris, Seuil, 1988

BEAUQUEL (Julia), POUIVET (Roger), (sous la dir. de), Philosophie de la danse, Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 2010, 194 p.

FABBRI (Véronique) :
– Danse et philosophie, Une pensée en construction : Collection « Esthétique », L’Harmattan, 2007, 236 p.
– « Architecture et construction dans l’œuvre de Schlemmer », dans Rousier (Claire) (éd.), Oskar Schlemmer. L’homme et la figure d’art : CND, Pantin, 2002, 173 p.

FONTAINE (Geisha), Les danses du temps, Recherches sur la notion de temps en danse contemporaine, Éditions du Centre nationale de la danse, 2004, 272 p.

GILSON (Étienne), Matière et formes. Poïétiques particulières des arts majeurs, Paris, Vrin, 1964.

GUÉRIN (Michel), Philosophie du geste, Arles, Actes Sud, 1995, 77 p.

MALLARMÉ (Stéphane), Œuvres compètes, « Bibliothèque de la Pléiade », Paris, Gallimard, 1945.

POUILLAUDE (Frédéric), Le désoeuvrement chorégraphique. Étude sur la notion d’œuvre en danse, Librairie philosophique Vrin, Collection « Essais d’art et de philosophie », 2009, 432 p.

VALÉRY (Paul), L’âme de la danse ; Philosophie de la danse ; Degas, Danse, Dessin, Œuvres t. I et t. II, « Bibliothèque de la Pléiade », Paris, 1957 – 1960.

Liste non exhaustive bien sûr.

Ciné-Philo 20 mars 2012 : Les ailes du Désir, de Wim Wenders

Ciné-Philo

Mardi 20 mars 2012 à 20h30 au cinéma Le Foyer à Acigné :

Les ailes du Désir, de Wim Wenders


En relation avec le thème « Ce que le poète dit au philosophie ».
Présenté par Denis-M Kermen.

(l’entrée est au tarif du cinéma)
Site du cinéma Le Foyer à Acigné : www.cinemalefoyer.fr

Synopsis

Deux anges, Damiel et Cassiel, contemplent les hommes du haut du ciel berlinois. Éternels, ces deux êtres ne connaissent ni le froid, ni la faim, ni l’amour, mais une compassion détachée pour ces hommes trop souvent malheureux. Parce qu’ils sont invisibles, Damiel et Cassiel se mêlent à eux, lisent leurs pensées et tentent de les aider à leur manière, de les détourner de certaines idées noires. Pourtant, Damiel, las peut-être de son existence linéaire et monotone, tombe amoureux d’une jolie trapéziste, Marion. Mais la jeune femme est incapable de voir Damiel. Elle ressent la présence de l’ange comme une sensation, un parfum autour d’elle.

C’est le comédien Peter Falk (Columbo), venu tourner un film sur la période nazie, qui va porter secours à Damiel. Car lui aussi a été un ange, trente ans plus tôt, et chaque jour il se félicite d’avoir renoncé à son essence angélique, même si la mort se trouve au bout du chemin. Il explique à Damiel – qu’il ne voit pas mais dont il sent la présence délétère – la beauté du monde terrestre, sa saveur…

Un conte philosophique

 Les ailes du désir marque le retour de Wim Wenders en Allemagne, son pays d’origine, mais surtout à Berlin, sa ville d’élection, déchirée à l’époque par le Mur. Loin des thèmes de prédilection du réalisateur – l’errance des individus en quête d’identité, les réflexions désabusées sur ses compatriotes –, le film se présente comme un conte philosophique. La vision qu’a Wim Wenders du monde s’adoucit par le truchement de la fable, même si ce conte de fées métaphysique est empreint de mélancolie. Le film est tourné en noir et blanc tant que Damiel appartient à l’univers céleste. L’irruption de la couleur marque le passage à la mortalité avec le désir de goûter, de sentir, de voir, de toucher. Une oeuvre poétique dominée par la remarquable prestation de Bruno Ganz et celle de Peter Falk, dans son propre rôle.

source : http://www.arte.tv/fr/906520,CmC=906524.html

Autres liens à consulter :

http://cinema.krinein.com/ailes-desir-2964/critique-2974.html

http://cine-passion.voila.net/fi/ailesdudesir.htm

 

Trois journées de réflexion 2012 – L’Utopie

En partenariat avec les Champs Libres, la Société bretonne de philosophie organise comme chaque année « Les Champs de la réflexion ».

 

Du 1er au 3 mars 2012 :

L’UTOPIE

Lucas.theis (CC BY 2.0)

L’utopie, idéal de l’imagination et source d’espoir politique et social, a aussi inspiré des réalisations monstrueuses au point de lui conférer désormais un sens péjoratif conduisant à définir la société contemporaine comme celle qui a mis fin aux « grands récits de la modernité ». Cette nouvelle édition des Champs de la Réflexion tentera de faire la lumière sur la nature de l’utopie, sa fonction et ses domaines d’exercice. De l’utopie littéraire à ses tentatives politiques, des utopies d’hier à celles d’aujourd’hui, on s’interrogera en particulier sur la place résiduelle des utopies contemporaines : notre société pragmatique, soumise aux principes de sécurité et de réalité, est-elle encore en mesure de faire place à l’utopie, à son discours critique et à son désir de réformation ?

 

PROGRAMME

Jeudi 1er mars 2012
Les Champs de la Réflexion, 20h30,
Conférence introductive : L’utopie, par Pierre Macherey
(philosophe, Lille)

Vendredi 2 mars,
Les Champs de la Réflexion, 15h
Les variétés de l’utopies :
L’utopie et la ville face aux crises, par Jean-Louis Violeau
(sociologue, St Nazaire, Paris)
Utopie, Dystopie et Science-fiction, par Marc Atallah
(philosophe, Lausanne)

Samedi 3 mars
Les Champs de la Réflexion, 15h30
Utopies d’hier, d’aujourd’hui et de demain :
regards croisés sur le sens politique et historique de l’utopie.

Rencontre et dialogue entre Michèle Riot-Sarcey (historienne, Paris), Laurent Loty (Cnrs, histoire des idées) et Armand Mattelart (sociologue, Paris)

 

Toutes les conférences ont lieu aux Champs Libres à Rennes, dans la salle de conférences Hubert Curien – Entrée libre et gratuite, réservations au 02 23 40 66 00.

Jeudi 1er mars 2012, 20h30 : Le réel de l’utopie par Pierre Macherey

Trois journées de réflexion 2012 : L’Utopie

Jeudi 1er mars 2012, 20h30
Le réel de l’utopie par Pierre Macherey (philosophe, Lille)

Lieu : Les Champs Libres à Rennes, dans la salle de conférences Hubert Curien
Entrée libre et gratuite, réservations au 02 23 40 66 00.

Pris dans son acception courante, le terme « utopie » désigne un effort en vue de s’évader du réel, en proposant des solutions imaginaires à ses problèmes. On voudrait montrer que l’utopie, même si elle emprunte des voies inattendues, n’en finit pas moins par rejoindre le réel, sur lequel elle est en prise et qu’elle vise à transformer concrètement.

Pierre Macherey, né en 1938, après avoir travaillé avec Althusser, et avoir enseigné la philosophie aux universités de Paris I et de Lille III, est actuellement rattaché à l’UMR du CNRS « Savoirs Textes Langage » où il a animé un groupe d’études dont les travaux sont consultables sur le portail Hypothèses.org. Dernières publications : Marx 1845 – Les « Thèses » sur Feuerbach (2008), Petits riens – Ornières et dérives du quotidien (2009), De Canguilhem à Foucault – La force des normes (2009), De l’utopie ! (2011), La Parole universitaire (2011).

Vendredi 2 mars 2012, 15h : L’utopie et la ville, face aux crises, par Jean-Louis Violeau

Trois journées de réflexion 2012 : L’Utopie

Vendredi 2 mars, 15h :
L’utopie et la ville, face aux crises, par Jean-Louis Violeau

Lieu : Les Champs Libres à Rennes, dans la salle de conférences Hubert Curien
Entrée libre et gratuite, réservations au 02 23 40 66 00.

Si l’utopie ouvre en elle-même un horizon de puissance et d’espérance, elle est aussi et avant tout un texte instaurateur d’espace : la modélisation critique de l’espace est l’instrument privilégié des réformateurs sociaux. Longtemps, la construction de la ville a fait partie d’un projet plus vaste d’édification d’une société nouvelle. Quelles sont donc les figures utopiques qui semblent aujourd’hui occuper l’imaginaire des jeunes architectes ? Notre époque contemporaine, dominée par le « principe responsabilité », laisse-t-elle la place à des utopies urbaines, ou bien la ville durable et ses éco-quartiers n’offrent-elles qu’une perspective de gouvernance réaliste ?
Jean-Louis Violeau est sociologue, chercheur au laboratoire Architecture-Culture-Société (CNRS / Ecole Nationale Supérieure d’Architecture de Paris-Malaquais) ; ses travaux se partagent en trois grands champs d’intérêt : les architectes, les élites et les multitudes. En 2009, il a publié Les 101 mots de l’Utopie, à l’usage de tous (Archibooks), et il vient de coordonner (avec Craig Buckley) la traduction d’une anthologie : Utopie. Texts and Projects, 1967-1978, soutenue par les éditions Semiotexte et MIT Press, Los Angeles / Cambridge, 2011.

 

Vendredi 2 mars 2012 : 16h Utopie, dystopie et science-fiction par Marc Atallah

Trois journées de réflexion 2012 :  L’Utopie

Vendredi 2 mars : 16h
Utopie, dystopie et science-fiction par Marc Atallah
à la suite de « L’utopie et la ville, face aux crises », par Jean-Louis Violeau

Lieu : Les Champs Libres à Rennes, dans la salle de conférences Hubert Curien
Entrée libre et gratuite, réservations au 02 23 40 66 00.

Partant des principes de l’utopie littéraire classique, Marc Atallah parlera de la dystopie, l’utopie négative telle qu’on peut la lire dans 1984 le roman de Georges Orwell par exemple, et s’attachera à montrer les relations intimes existant entre l’utopie et son contraire ; il évoquera également le rôle qu’a joué la science-fiction quant à la popularisation des dystopies.

Marc Atallah est philosophe et maître d’enseignement et de recherche à l’université de Lausanne ; ses recherches portent sur les littératures conjecturales (utopie, dystopie, science-fiction) auxquelles il a déjà consacré de nombreux articles et il dirige depuis janvier 2011, la Maison d’Ailleurs, musée de la science-fiction, de l’utopie et des voyages extraordinaires, à Yverdon-les-Bains.
Un livre en collaboration avec Dominique Kunz-Westerhoff : L’Homme-Machine et ses avatars dans la littérature des XVIIe au XXIe siècles, Paris, Vrin 2011
Un article en ligne : « Apocalypse, science-fiction et catastrophisme éclairé : et si la panne sèche de notre “agir” provenait d’un déficit du “croire” ? », in : En attendant la fin du monde : la structure littéraire de l’Apocalypse, revue Post-scriptum (n° 12), article en ligne publié le 12 mars 2010.
Ou encore : « La littérature, un remède à l’aliénation scientifique », in : Colloquium Helveticum. Cahiers suisses de littérature générale et comparée (n° 37/2006), Fribourg : Academic Press, 2007, pp. 15‑36.

Samedi 3 mars 2012, 15h 30 : Utopies d’hier, d’aujourd’hui et de demain

Trois journées de réflexion 2012 : L’Utopie

Samedi 3 mars, 15h 30
Utopies d’hier, d’aujourd’hui et de demain : regards croisés sur l’utopie à travers la rencontre entre Michèle Riot-Sarcey, Laurent Loty et Armand Mattelart.

Lieu : Les Champs Libres à Rennes, dans la salle de conférences Hubert Curien
Entrée libre et gratuite, réservations au 02 23 40 66 00.

La modernité de l’utopie, par Michèle Riot-Sarcey

“La mort proclamée des utopies lors de la chute du mur de Berlin a laissé croire, pendant près de quinze ans, à ”la fin de l’histoire”. Aujourd’hui l’utopie renaît. Mais de quelle utopie s’agit-il ? Nous reviendrons sur ce que j’ai nommé le Réel de l’utopie comme forme d’expérience de la démocratie”.

Michèle Riot-Sarcey est professeure en histoire contemporaine à l’Université de Paris 8, ses recherches sont spécialisées sur l’histoire du politique, du genre et des utopies au XIXe siècle. Elle a publié Le réel de l’utopie en 1998 (Albin Michel), également un Dictionnaire des utopies (en collaboration avec A. Picon et Th. Bouchet) réédité et augmenté en 2006 chez Larousse, et Une histoire du féminisme aux éditions de la Découverte en 2004.

« Utopie » et « Alterréalisme » : histoire d’un mot, avenir d’une écriture,
par Laurent Loty

Nous avons un besoin urgent, pour éviter des catastrophes économiques ou guerrières, de retrouver la foi en l’imagination et en la politique. Une foi non intégriste. Une imagination polyphonique. Une politique déprofessionnalisée. À l’heure d’un possible renouvellement de l’humanisme (la révolution médiatique, anthropologique et politique du numérique), il est temps de voir surgir une multitude de fictions utopiques et juridiques, qui renouvellent le genre textuel que Thomas More a inventé en 1516, avec son livre intitulé Utopia. Tel est l’espérance du programme « Alterréalisme » qui a démarré à Rennes en 2001.

Pour réveiller l’imagination utopique, je commencerai par l’histoire du mot « utopie ». Celui-ci a été l’objet d’une extraordinaire mystification, au moment de l’invention du nom commun, au 18e siècle. Cette mystification est due à des philosophes ancêtres de nos ultralibéraux, elle a été relayée par le scientisme et le fatalisme historique du marxisme. Les anti-utopistes ont fini par nous faire croire que le mot « utopie » désigne un rêve impossible, alors qu’« utopie » était le nom propre d’un texte qui utilisait la fiction pour faire croire, de manière ironique et distanciée, en l’imagination politique. Une imagination préalable à toute action mélioriste.

Retrouver le pouvoir des « utopies » suppose d’employer le mot pour désigner ces textes qui reprennent la stratégie d’écriture de More. Ces utopies ne sont ni irréalistes ni réalistes, mais alterréalistes. Pour autant, elles peuvent être bénéfiques ou néfastes au bien-être de chacun et de tous. Depuis des siècles, on y trouve toutes sortes de valeurs et de modèles : liberté de croyance, eugénisme, racisme, partage du travail, sexisme, éducation à l’esprit critique, autoritarisme, libéralisme, communisme, incitation à la soumission… J’esquisserai quelques pistes pour des formes, des contenus et des modalités d’écriture en lesquelles je crois. Pour qu’après l’heureuse chute du Mur et la malheureuse grande transformation ultralibérale, chacun puisse se mettre, si cela lui chante, à lire et à écrire des fictions utopiques et juridiques, à retrouver le chemin d’un progrès collectif.

Historien des textes, des mots, des savoirs et des idées, Laurent Loty a présidé la Société française pour l’histoire des sciences de l’homme. Avant d’entrer au CNRS, il a enseigné 30 ans, dont la moitié à l’Université Rennes 2, où il a animé le séminaire « Textes et Savoirs, Transdisciplinarité et Politique ». Il défend une conception indisciplinaire de la recherche (« Pour l’indisciplinarité », 2005). Il s’intéresse à l’histoire des mots qui nous empêchent de penser (« L’optimisme contre l’utopie », Europe, « Regards sur l’utopie », mai 2011), et enquête sur la genèse des idées politiques contemporaines. Il a codirigé L’histoire des sciences de l’homme (1999), Littérature et engagement pendant la Révolution française (2007), Individus et communautés (revue Dix-Huitième Siècle, 2009). Il prépare une histoire de l’optimisme et du fatalisme, et une édition de La Découverte australe, utopie de Rétif. Depuis 2001, il organise avec Anne-Rozenn Morel un programme international d’incitation à l’écriture de fictions utopiques et juridiques.

L’utopie informationnelle en question, par Armand Mattelart

« Comme les peuples se touchent ! Comme les distances se rapprochent ! Et le rapprochement, c’est le commencement de la fraternité… Avant peu, l’homme parcourra la terre comme les dieux d’Homère parcouraient le ciel, en trois pas. Encore quelques années, et le fil électrique de la concorde entourera le globe et étreindra le monde. »

Victor Hugo, 1840.

Figure maîtresse du progrès, l’univers réticulaire a très tôt investi les utopies. Eternelle promesse, le réseau de communication symbolise la figure d’un monde meilleur, parce que solidaire. De la route au rail jusqu’aux « autoroutes de l’information », cette croyance a rebondi au gré des générations techniques. Mais les réseaux n’ont jamais cessé d’être l’objet d’enjeux contradictoires et de se trouver au coeur des affrontements pour la maîtrise du monde.
C’est ce qu’enseigne, depuis le début du millénaire, les tensions entre la notion de société de l’information et celle de société de savoir qui se font jour dans les débats qui se sont ouverts dans les grandes institutions internationales autour de l’aménagement du cyberespace planétaire. Chacune exprime des projets de société et des systèmes de valeurs contrastés. La première relève des techno-utopies et du déterminisme technique. La seconde s’enracine dans les utopies sociales de partage des savoirs. L’une traduit une vision inféodée au pragmatisme de l’actualité ; l’autre implique de penser le devenir du monde au regard de l’histoire et de la mémoire collective. Chacune d’elles témoigne d’une genèse tout aussi contrastée. Seule l’absence de précaution épistémologique peut laisser tracer un trait d’équivalence entre les deux. D’où l’importance que prend la bataille des mots, à plus forte raison en ces temps où l’appauvrissement de la langue qui sert à désigner le monde et spéculer sur son futur à la lumière du progrès technique se conjugue avec le foisonnement de néologismes plus proches du logotype que du concept. Le problème est que, par les catégories toutes faites, passent les glissements de sens des concepts de démocratie et de liberté, en même temps que s’imposent à nous sur le mode de l’évidente nécessité ce qui est et, surtout, ce qui est censé advenir. C’est donc à une archéologie de ces notions politiquement et géopolitiquement structurantes qu’invite cette intervention.

Armand Mattelart est professeur émérite des Universités. Il est rattaché au Centre d’études des médias, des technologies et de l’internationalisation (CEMTI) et à l’école doctorale des sciences sociales, à l’université de Paris 8 (Saint-Denis). Il a débuté en septembre 1962 sa carrière universitaire comme enseignant-chercheur à l’école de sociologie de l’Université catholique du Chili, à Santiago, et y est resté jusqu’en septembre 1973. Durant la présidence (1970-73) de Salvador Allende, a participé de près aux projets de réforme des médias. Après le coup d’Etat du général Pinochet, est revenu en France où il a réalisé un documentaire long métrage (La Spirale, 1976) sur cette période de l’Unité populaire chilienne, en collaboration avec Chris Marker. Nommé professeur titulaire en décembre 1983 à l’université de Rennes 2, il y a enseigné jusqu’en 1997, date à laquelle il a rejoint l’université de Paris 8 jusqu’à sa retraite en septembre 2004. Resté en contact étroit avec l’Amérique latine, il y donne régulièrement des séminaires. Depuis 2001 il est partie prenante des forums sociaux, au niveau mondial et régional.

Il est l’auteur de nombreux ouvrages consacrés aux médias, à la culture et aux systèmes de communication, plus spécialement dans leur dimension internationale et historique. Parmi lesquels La Communication-monde (1992), L’Invention de la communication (1994, nouvelle édition, 2011), Histoire de l’utopie planétaire (1999, nouvelle édition 2009) et La Globalisation de la surveillance (2008), tous édités par La Découverte. Et dans la collection « Que sais-je » des PUF : La Mondialisation de la communication (1996, 2008).

Ce que le poète dit au philosophe

Ateliers populaires de philosophie

Cinquième cycle, du lundi 6 février au lundi 19 mars 2012

Ce que le poète dit au philosophe
par Yvon Inizan
Professeur de philosophie au lycée de Vitré

Infos pratiques :
Lieu : Auditorium Paul Ricœur au lycée Zola, Avenue Janvier, Rennes
Horaires : tous les lundi, 18h-20h (hors vacances scolaires)
Entrée libre et gratuite, renseignements et contact : 06 11 14 23 70

Programme des ateliers populaires de philosophie 2011-2012

Présentation de l’atelier :

Dans un livre paru très récemment, Alain Badiou, traduit, retranscrit, adapte les analyses de Platon dans la République et notamment celles développées à propos de la poésie :

“ Car nous refusons de retomber dans cet amour d’enfance qui est aussi celui de la majorité des gens. Nous sentons bien qu’il ne faut pas s’attacher sérieusement à ce genre de poésie comme si elle participait du processus d’une vérité. Il faut plutôt, quand nous l’écoutons ou la lisons, nous méfier de son charme, comme qui expose son intime solidité subjective au plus grand péril” (La République de Platon, Fayard, janvier 2012, p.).

Cette incapacité de la poésie à dire la vérité, selon Platon, justifie à ses yeux que l’on chasse les poètes de la République. Depuis, cet exil inaugural, ce refoulement originaire, le rapport conflictuel de la philosophie à la poésie n’a cessé, en sous main le plus souvent, de travailler l’histoire de la pensée occidentale.

Sans adopter un point de vue trop ample, trop ambitieux, nous souhaitons interroger ce rapport de la poésie à la philosophie. Nous demanderons à une oeuvre précise de nous enseigner sur l’état de ce lien aujourd’hui : Yves Bonnefoy – auteur d’une oeuvre poétique magistrale – s’est appuyé, en effet, sur son écriture poétique pour interroger cette relation. D’ailleurs, comme une réponse cinglante au philosophe, son premier recueil poétique a pour titre : Anti-Platon.

En dépit de cette première position réactive, c’est au dialogue pourtant que toute l’oeuvre d’Yves Bonnefoy ne cesse d’inviter. Que dit alors le poète au philosophe ? Cela suppose aussi que, quelles que soient les observations du poète, le philosophe puisse lui-même les entendre. Ainsi, nous interrogerons la pensée philosophique de ce point de vue : à quelles conditions peut-elle vraiment se saisir de la parole poétique c’est-à-dire en comprendre la contingence et l’éphémère, en percevoir la force et la blessure ?

Au cours de la toute dernière séance (19-03-2012), nous aurons le grand plaisir de recevoir trois poètes ; occasion offerte de décrire leurs itinéraires respectifs dans le paysage de la poésie contemporaine, de les entendre également lire certains de leurs textes : Paol Keineg, Yves Prié, James Sacré.

Cette parole laissée, pour finir, aux poètes traduit notre souci : sans rien perdre de la rigueur conceptuelle, comment articuler deux formes de discours hétérogènes, créer un lieu de la rencontre ?

Bibliographie :

Sur ce thème, les oeuvres et les commentaires sont bien-sûr innombrables. Nous ne livrons ici, pour indication, que le titre de quelques ouvrages que nous aurons l’occasion de croiser au cours de notre réflexion.

– Platon, La République, Edition Folio. Un texte majeur dans lequel Platon en vient à chasser le poète de sa cité idéale. Et cela en dépit de toute l’admiration qu’il éprouve pour Homère.

– Martin Heidegger, Chemins qui ne mènent nul part, Edition Gallimard, collection Tel, en particulier le chapitre V intitulé “Pourquoi des poètes ?”. Un texte majeur pour saisir la réhabilitation de la poésie comme modalité d’une révélation essentielle.

– Jean-Paul Sartre, Qu’est-ce que la littérature ?, Edition Folio. Un texte dans lequel le penseur de l’existentialisme pose une distinction forte entre la poésie et la prose. Selon lui le poète refuse de s’engager dans le monde ; il choisit, comme le fit Baudelaire en son temps, de s’enfermer dans un échec en ne considérant le langage que pour lui-même.

– Paul Ricoeur, La Métaphore vive, Edition Folio. Dans ce livre, le philosophe s’interroge sur la création de métaphores. Il y a dans cette invention – en particulier poétique – une manière d’inventer notre relation au monde.

– Yves Bonnefoy, Entretiens sur la poésie, Edition Mercure de France. Un ensemble d’entretiens et de textes sur la poésie (de 1972 à 1990) à travers lesquels le poète de la présence révèle toute sa pensée de la démarche poétique. Un livre tout à fait essentiel.

– Yves Bonnefoy, L’Inachevable, Edition Albin Michel. La suite des entretiens (de 1990 à 2010).

– Yves Bonnefoy, L’Improbable et autres essais, Edition Folio. Le premier recueil de textes critiques où peut se voir l’influence des philosophies de l’existence.

– Yves Bonnefoy, Poésies, Edition Poésie/Gallimard. Premier grand recueil de poésie dans lequel on trouve en particulier Du mouvement et de l’immobilité de Douve.

– Patrick Née, Yves Bonnefoy penseur de l’image ou les travaux de Zeuxis, Edition Gallimard. Un des livres essentiels – sans doute exigeant – sur la pensée du fait poétique élaborée par le poète.

Quelques livres de nos amis poètes :

– James Sacré, La poésie, comment dire ? , Edition André Dimanche ; Une Petite fille silencieuse, Edition André Dimanche ; Viens, dit quelqu’un, Edition André Dimanche ; Coeur élégie rouge, Edition André Dimanche …

– Paol Keineg, Terre lointaine, Editions Apogée ; Là et pas là, Editions Le temps qu’il fait/Lettres sur cour ; Les trucs sont démolis, Editions Le temps qu’il fait/ Obsidiane…

– Yves Prié, Passages des amers, Edition Rougerie ; La nuit des pierres, Edition Rougerie ; Partir, disais-tu, Edition Rougerie…