Ciné-philo. Dimanche 6 avril 2014 : Agora, d’Alejandro Amenábar

Ciné-Philo

Dimanche 6 avril 2014 à 17h30 au cinéma Le Foyer à Acigné :

Agora, d’Alejandro Amenábar

Agora

En relation avec le thème « Une histoire de la vérité »
Présenté par Nathalie Monnin

 Agora, (2h02 – 2010),

D’Alejandro Amenábar avec Rachel Weisz, Max Minghella, Oscar Isaac.

IVème siècle après Jésus-Christ. L’Egypte est sous domination romaine. A Alexandrie, la révolte des Chrétiens gronde. Réfugiée dans la grande Bibliothèque, désormais menacée par la colère des insurgés, la brillante astronome Hypatie tente de préserver les connaissances accumulées depuis des siècles, avec l’aide de ses disciples. Parmi eux, deux hommes se disputent l’amour d’Hypatie : Oreste et le jeune esclave Davus, déchiré entre ses sentiments et la perspective d’être affranchi s’il accepte de rejoindre les Chrétiens, de plus en plus puissants…

(l’entrée est au tarif du cinéma)

Site du cinéma Le Foyer à Acigné : www.cinemalefoyer.fr

 

Une histoire de la vérité, par Nathalie Monnin

Ateliers populaires de philosophie

Sixième cycle, les lundis 17 et 24, 31 mars, et 7 avril 2014

Une histoire de la vérité

par Nathalie Monnin

Infos pratiques :
Lieu : Amphi Donzelot, 6 rue Kléber à Rennes
Horaires :
les lundis 17 et 24, 31 mars, et 7 avril 2014, 18h-20h
Entrée libre et gratuite, renseignements et contact : 07 81 55 85 09

Programme des ateliers populaires de philosophie 2013-2014

Personne n’aime être l’objet d’une tromperie ou d’un mensonge. En général, nous attendons et réclamons La Vérité : des scientifiques, qu’ils nous disent ce qu’il en est du monde, pour de vrai ; de nos proches, qu’ils nous disent toujours la vérité sur ce qu’ils ont fait ou dit ; des hommes politiques, qu’ils ne mentent pas, tiennent leurs promesses, et fassent les vrais (donc, bons) choix pour améliorer nos situations ; des policiers, qu’ils trouvent le véritable assassin ; etc. Il semble que toutes nos actions, nos activités et nos réflexions soient entièrement imprégnées, sans qu’on le sache clairement, de l’idée de vérité. Pourquoi donc ? Qu’entendons-nous exactement par « vérité » et qu’en attendons-nous ? Dans quelle mesure et jusqu’à quel point nous constitue-t-elle ? Est-elle de l’ordre d’un besoin ou une exigence rationnelle ?
Qu’un homme politique ne tienne pas ses promesses une fois élu, et nous le traitons de menteur. Est vrai ce qui ne change pas, ce qui tient dans le temps, identique à lui-même, et quelles que soient les conditions. La science, en ce sens, nous paraît être un bon modèle pour nous dire ce qui est vrai. Et pourtant, l’histoire des sciences est plus l’histoire de ses erreurs que de la vérité. Si la vérité est ce qui ne change pas, on a bien souvent changé de vérité au cours de l’histoire, tant scientifique, politique, morale ou dans nos simples existences. Ainsi, loin que la vérité se confonde avec une sorte d’éternité immuable, ne faut-il pas lui accorder un caractère historique, une véritable histoire, faites de changements et de ruptures ? Certes, l’expression « une histoire de la vérité » nous choque, tant la vérité renvoie à l’immuable : on ne voit pas comment faire l’histoire de l’immuable ni quel sens une telle histoire pourrait avoir. Il faut pourtant bien se demander si la notion de vérité n’est pas aussi elle-même historique.
Ainsi, nous analyserons d’abord en détail ce qu’on entend par vérité. Nous rapporterons ensuite cette analyse au domaine des sciences, de la morale et de la politique, pour comprendre enfin ce qu’on peut espérer de vrai en ce moment, et si cet espoir peut avoir du sens.

Bibliographie :

– Platon, République VI 509a et ss, et VII (début)
– Descartes, Discours de la méthode – Règles pour la direction de l’esprit.
– Michel Foucault, L’origine de l’herméneutique de soi – Conférences prononcées à Dartmouth College, 1980, Vrin, coll. Philosophie du présent, 2013
– Henri Atlan, À tort et à raison, Seuil, coll. Sciences, 1986
– W. James, Le pragmatisme, Champs Flammarion
– Bergson, articles « Le possible et le réel » et « Introduction (première partie) » (sur les effets rétroactifs du jugement vrai), dans La pensée et le mouvant.
– Carnap, Les fondements philosophiques de la physique
– Jacqueline Russ, La marche des idées contemporaines, Un panorama de la modernité, Armand Colin, 1994
Les philosophes et la science, sous la direction de Pierre Wagner, Gallimard, Folio essais, 2002
– Sartre, Vérité et existence, Gallimard, NRF essais, 1989
– Nietzsche, Le livre du philosophe, III, « Introduction théorétique sur la vérité et le mensonge au sens extra-moral »

Filmographie :

La vérité, de Clouzot
Agora, film d’Alejandro Amenabar, qui passera le 6 avril : l’histoire d’Hypatie d’Alexandrie. Sur cette savante du Vème siècle après JC, on pourra lire :
– Maria Dzielska, Hypatie d’Alexandrie, éd. Des femmes, 2010.
– Jean-Pierre Luminet, Le bâton d’Euclide : le roman de la bibliothèque d’Alexandrie
– Luciano Canfora, La véritable histoire de la bibliothèque d’Alexandrie, Desjonquères, 1986.

Bibliographie détaillée par atelier :

1) Ce que nous entendons par vérité. (La vérité, histoire de désir.)

– Platon, République, VI 509a et ss, et VII (début)
Lire Platon, sous la direction de Luc Brisson
– Descartes, Règles pour la direction de l’esprit,
– Descartes, Discours de la méthode, Première et deuxième parties.
– Pierre Guenancia, Lire Descartes, Folio essais
– Michio Kobayashi, La philosophie naturelle de Descartes, Vrin, 1993 (sur la science de Descartes).
– Lévi-Strauss, Race et histoire

2) Les sciences et la vérité : toute une histoire.

Les philosophes et la science, sous la direction de Pierre Wagner, Folio essais (première partie chap. V, sur Carnap)
– Bruno Jarrosson, Invitation à la philosophie des sciences, Seuil, Points Sciences, 1992 (2ème partie en particulier, sur les mathématiques).
– Jacqueline Russ, La marche des idées contemporaines, Un panorama de la modernité, Armand Colin, 1994
– Bernard d’Espagnat, À la recherche du réel, Presses Pocket, 1981
– Carnap, Les fondements philosophiques de la physique (I, 4 : la méthode expérimentale).
– Bachelard, La formation des concepts scientifiques

3) Penser la réalité à partir d’elle-même : Bergson.

– Bergson, Essai sur les données immédiates de la conscience
– Bergson, La pensée et le mouvant
– F. Worms, Bergson ou les deux sens de la vie (analyse des 4 grandes œuvres de Bergson).
– D. Lapoujade, Puissances du temps – versions de Bergson, Éd. de Minuit, 2010 (réflexions sur les fondamentaux de la pensée de Bergson qui suppose déjà une bonne connaissance du philosophe).

4) La vérité, entre relativisme et absolutisme : le pluralisme de W. James.

– Bergson, article sur W. James dans La pensée et le mouvant.
– W. James, Le pragmatisme
– W. James, La signification de la vérité.
– D. Lapoujade, Empirisme et pragmatisme

Activités jacquolandines de la SBP

Ces derniers mois, la SBP a développé ses activités à Saint-Jacques-de-la-Lande à l’occasion de deux ateliers.

Un premier atelier sur la culture :

A l’invitation du Centre de la Lande, centre social et socioculturel de Saint-Jacques, Nathalie Monnin et Yvan Droumaguet ont animé un atelier de réflexion sur la culture. Cet atelier avait pour but de préparer les participants aux Rencontres organisées sur le thème « Culture, matière à penser » par l’Observatoire des politiques culturelles, Rennes Métropole, la Ville de Rennes et la Région Bretagne aux Champs Libres le vendredi 22 novembre 2013. Les organisateurs ont, en effet, eu la très bonne initiative d’associer à ces Rencontres le centre social de Saint-Jacques ainsi, d’ailleurs, que deux classes de lycéens et leurs professeurs de philosophie, membres de la SBP, Sandrine Servy et Amine Boukerche.

L’atelier, au Centre de la Lande, s’est déroulé sur deux séances, d’environ deux heures chacune.

Lors de la première, le 8 novembre, nous avons cherché, en partant de son étymologie, à clarifier les divers sens de la notion de culture, par exemple en examinant le rapport de la culture à la nature ou en distinguant la culture comme idéal d’humanité et le fait culturel tel qu’il se manifeste dans et par la diversité des cultures.

Lors de la seconde, le 15 novembre, nous sommes partis de certaines des questions au programme des Rencontres du 22. Cela a conduit à réfléchir sur l’idée de nature humaine, sur le rapport du corps et de l’esprit, celui du langage,et des langues, à la pensée ou encore sur la liberté.

Cet atelier, auquel ont pris part une dizaine d’habitants de Saint-Jacques, a donné lieu, à chaque fois, à des échanges vivants et instructifs. Les participants ont exprimé le sentiment que cela leur avait vraiment apporté quelque chose et l’envie de renouveler l’expérience.

La réussite de cet atelier doit aussi beaucoup à la forte implication et à l’important travail effectué à chacune de ses étapes d’Hélène Durand, animatrice au Centre de la Lande, et de Fabienne Godet, de la médiathèque Lucien Herr.

Un second atelier sur l’autorité :

Toujours à Saint-Jacques mais, cette fois, à l’Epi-Condorcet, le 25 février dernier, de 9h à 11h30, Yvan Droumaguet a animé un atelier sur l’autorité, à l’invitation d’Estelle Lebras, responsable de « La pause des parents » où, chaque mardi, des parents (surtout des mères) viennent, dans un cadre convivial, parler des problèmes rencontrés dans les rapports à leurs enfants.

Cet atelier avait été préparé au cours des précédents mardis, par Estelle et sa collègue Malicka. Son objet était d’aider ces parents à prendre un peu de recul et à mieux comprendre leurs difficultés dans des situations souvent vécues de manière douloureuse avec, aussi, des sentiments d’impuissance et de culpabilité.

Clarifier ce que l’on entend par autorité, en prenant appui sur l’essai d’Hannah Arendt, Qu’estce que l’autorité ?, a été le point de départ d’une réflexion conduite principalement autour de deux questions essentiellement liées. D’une part, s’il n’y a pas autorité sans inégalité, l’autorité est-elle encore possible dans une culture démocratique dominée par l’égalité ? D’autre part, comment fonder une autorité parentale quand les enfants sont reconnus, à la fois, comme des mineurs à protéger et des sujets détenteurs de droits ?

Sept parents, dont un père, étaient présents et, au terme des échanges qui ont duré plus longtemps que prévu, tous ont trouvé cet atelier éclairant et utile. Ces parents, éloignés de toute culture philosophique, se sont aperçus que la philosophie ne leur était pas inaccessible et qu’elle pouvait les aider à mieux comprendre leur vie.

En conclusion, deux très bonnes expériences, à renouveler !!

Ciné-philo. Dimanche 6 avril 2014 : Agora, d’Alejandro Amenábar

Ciné-Philo

Dimanche 6 avril 2014 à 17h30 au cinéma Le Foyer à Acigné :

Agora, d’Alejandro Amenábar

Agora

En relation avec le thème « Une histoire de la vérité »
Présenté par Nathalie Monnin

Agora, (2h02 – 2010),

D’Alejandro Amenábar avec Rachel Weisz, Max Minghella, Oscar Isaac.

IVème siècle après Jésus-Christ. L’Egypte est sous domination romaine. A Alexandrie, la révolte des Chrétiens gronde. Réfugiée dans la grande Bibliothèque, désormais menacée par la colère des insurgés, la brillante astronome Hypatie tente de préserver les connaissances accumulées depuis des siècles, avec l’aide de ses disciples. Parmi eux, deux hommes se disputent l’amour d’Hypatie : Oreste et le jeune esclave Davus, déchiré entre ses sentiments et la perspective d’être affranchi s’il accepte de rejoindre les Chrétiens, de plus en plus puissants…

(l’entrée est au tarif du cinéma)

Site du cinéma Le Foyer à Acigné : www.cinemalefoyer.fr

 

Qu’est-ce que penser librement ? par Nathalie Monnin

Ateliers populaires de philosophie

Quatrième cycle, du lundi 9 janvier au lundi 30 janvier 2012

Qu’est-ce que penser librement ?
par Nathalie Monnin
Professeur de philosophie au lycée Chaptal à Saint Brieuc

Infos pratiques :
Lieu : Auditorium Paul Ricœur au lycée Zola, Avenue Janvier, Rennes
Horaires : tous les lundi, 18h-20h (hors vacances scolaires)
Entrée libre et gratuite, renseignements et contact : 06 11 14 23 70

Programme des ateliers populaires de philosophie 2011-2012

Présentation de l’atelier :

On pourrait croire que la pensée, contrairement à un corps, ne peut subir de contraintes : immatérielle, comment l’attacher et la guider ? Il semble donc, à première vue, que de nos pensées, nous soyons tout à fait libres.

Mais que faut-il entendre par cette idée de liberté accolée à la pensée ? Suffit-il de ne pas être ou se sentir contraint pour, réellement, ne pas l’être ? Ou bien, plutôt, et plus insidieusement, la pensée n’est-elle pas plus en mesure qu’un corps de subir des contraintes invisibles, justement parce qu’elle-même, immatérielle, est aussi invisible ? Autant les menottes, à nos poignets, se voient, autant nos préjugés nous sont invisibles – à nous, et parfois même ou peut-être toujours, à notre entourage.

Dans ces conditions, où les contraintes ou aliénations subies par la pensée ne pourraient pas se voir, se posent deux questions :

1) comment a-t-on pu parvenir au soupçon que la pensée pourrait ou aurait pu ne pas être libre si ses chaines nous sont invisibles ?

2) Admettons qu’on puisse détecter la présence de ces chaînes : comment s’en libérer ? Et comment être sûr que d’autres chaînes n’auront pas surgi entre temps ?

Ce qui nous amène à notre ultime question : une pensée libre est-elle possible ? Et si oui, que serait-ce ? À quoi se verrait-elle ? Peut-on définir des critères de reconnaissance d’une libre pensée ?

Mais après tout, pourrait-on dire, qu’a-t-on à faire de toutes ces questions, et de la dernière en particulier : pourquoi vouloir penser librement ?

Nous tenterons de répondre à ces questions en 4 temps :

1- Historiquement, la liberté de penser a une naissance, parce que cette liberté est d’abord une libération : celle de la parole avec l’invention de la démocratie, au Vème siècle avant JC. La naissance de la philosophie peut être considérée comme la naissance d’une certaine prise de conscience de ce qu’est une pensée non libre et, par opposition, des conditions d’apparition d’une pensée libre. On étudiera donc, dans un premier temps, trois conditions à cette libération (économique, politique et psychologique).

2- La naissance historique de la philosophie nous montre trois conditions d’apparition d’une pensée libre. Mais qu’en est-il dans une vie : comment accède-t-on à la liberté de penser ? On verra que c’est la capacité à interroger qui constitue l’essence d’une pensée libre. Cependant, cette capacité, si elle apparaît déjà dans l’enfance, est rapidement recouverte par l’éducation, la culture, l’existence en général. Comment expliquer cela ?

3- C’est la notion de conscience qu’il conviendra d’interroger pour en comprendre l’essence et la structure. On verra alors comment notre perception du monde ne peut jamais être neutre, mais est recouverte par notre culture et nos désirs. La question se posera alors de savoir si l’idée qu’une pensée puisse être libre (libérée de toute influence) n’est pas une belle illusion.

4- Avec l’exemple d’Albert Speer, on étudiera l’histoire d’une illusion, ce qui nous permettra de mieux comprendre la structure d’une conscience et son désir de liberté.

Bibliographie indicative :

Jacqueline de Romilly, Les grands sophistes dans l’Athènes de Périclès, Éd. de Fallois, 1988. J. de Romilly montre dans ce livre comment l’apparition de la démocratie à Athènes à libérer la parole, nécessitant la mise en place d’un apprentissage du bien parler pour convaincre, ce qui entraine l’apparition de questions de méthode et de déontologie en ce qui concerne notre rapport à la vérité.

Platon, République, début du livre VII : le début de ce livre raconte l’allégorie de la caverne, ou comment on doit sortir de nos préjugés pour atteindre, par une ascèse, la vérité. Le questionnement sur la vérité de notre rapport au monde passe ainsi par un questionnement sur nos propres croyances et préjugés.

Descartes, Discours de la méthode, IIème partie. Retraçant son histoire intellectuelle, Descartes montre comment la question de la vérité, la plus importante à se yeux, le conduit à élaborer les règles d’une méthode qui l’assurera à coup sûr d’atteindre son but (la vérité).

Kant, Qu’est-ce que les Lumières ? et Qu’est-ce que s’orienter dans la pensée ? Dans ces deux articles, Kant incite le peuple à penser par lui-même, par ses propres lumières. Il met ainsi en place les conditions d’une pensée libre et les raisons des difficultés à y parvenir.

Sartre, L’être et le néant, Première partie, chapitre I, 1 (L’interrogation) et chapitre II (La mauvaise foi). Le premier chapitre, qui reprend la démarche de Heidegger dans Être et temps, montre comment l’interrogation constitue l’essence de l’homme. Le chapitre II montre toute la difficulté d’une pensée libre, car sans cesse empêtrée dans sa mauvaise foi. Celle-ci, pour Sartre, n’a rien d’une mauvaise volonté, mais constitue l’essence même de notre être, tout entier mû par ses désirs et ne pouvant s’en extraire. C’est ainsi, paradoxalement, parce que nous sommes les seuls êtres libres parmi les vivants que nous sommes aussi nécessairement aliénés, l’aliénation n’étant que le revers de la liberté. La question se posera alors pour Sartre de savoir comment on pourrait parvenir à une pensée pure.

Albert Speer, Au cœur du Troisième Reich, Fayard / Pluriel, 2011.
Ce témoignage nous intéresse pour comprendre comment les illusions bercent notre vie, alors même que nous croyons fermement être d’une grande lucidité et, comme le dit Speer, « regarder la réalité en face ». Écrit en prison, après coup, donc, cette tardive prise de conscience, si lucide qu’elle veuille être, n’est encore pas exempte d’une certain nombre d’illusions – ce qui montre comment le régime normal d’une conscience, produisant sans cesse son lot d’illusions pour pouvoir supporter la vie. Intéressant d’un point de vue historique, ce témoignage nous intéresse ici directement pour saisir l’histoire d’une conscience et de son rapport à la vérité.

Cet Atelier se conclura par la projection du film La Vague, de Dennis Gansel
au cinéma d’Acigné, le mardi 31 janvier, à 20h45.

Affiche du film "La vague" de Dennis Gansel

Une morale après Auschwitz… ? par Nathalie Monnin

Ateliers populaires de philosophie

Huitième cycle, du lundi 6 juin au lundi 27 juin 2011

Une morale après Auschwitz… ?
par Nathalie Monnin
professeur de philosophie au lycée Joliot Curie à Rennes

Infos pratiques :
Lieu : Auditorium Paul Ricœur au lycée Zola, Avenue Janvier, Rennes
Horaires : tous les lundi, 18h-20h (hors vacances scolaires)
Entrée libre et gratuite, renseignements et contact : 06 11 14 23 70

Programme des ateliers populaires de philosophie 2010-2011

Présentation de l’atelier :

Peut-on concevoir la morale après Auschwitz de la même façon qu’on la concevait avant ?
1) Cette première question en induit au moins deux autres : en quoi Auschwitz est-il si particulier dans l’histoire de l’humanité qu’il conduirait à devoir repenser la morale ?
2) Qu’était donc la morale avant, c’est-à-dire : comment, en quels termes pensait-on le rôle, la définition, la fonction d’une morale ?
Nous présupposons ici qu’il s’est passé quelque chose à Auschwitz qui a détruit l’idée traditionnelle qu’on se faisait de la morale et qui nous oblige à la penser désormais sur d’autres bases. C’est ce point de rupture et la possibilité – ou pas – de penser une morale après Auschwitz que nous voudrions analyser.

Bibliographie :

Le Commandant d’Auschwitz parle, témoignage de Rudolph Hoess, éd. La Découverte, 2005. Témoignage sincère d’un nazi non repenti, mais qui comprend notre besoin de comprendre et se livre avec confiance pour tenter de mettre au jour les raisons de sa profonde obéissance. Témoignage sincère, et d’autant plus cynique à nos yeux, avec des passages parfois insupportables quand il s’agit de décrire la vie du camp et les procédés d’extermination.

Gitta Sereny et Colette Audry, Au fond des ténèbres : Un bourreau parle. Franz Stangl, commandant de Treblinka, Éd. Denoël, 2007.  Un travail remarquable de la journaliste italienne Gitta Sereny, qui interroge patiemment Stangl sur ses motivations. Contrairement à Hoess, Stangl culpabilisait profondément et se rendait compte de la monstruosité des ordres reçus. Il n’a pourtant pas désobéi. À partir du témoignage, la journaliste fait un éblouissant travail d’investigation des autres témoins de l’époque, dont elle a retrouvé la trace et qu’elle a interrogés pour faire se recouper les souvenirs – et parfois, les éclairer les uns par les autres, mettant au jour les difficultés propres au souvenir pour les survivants. Un chapitre historiquement très fouillé porte sur l’implication de l’église chrétienne dans le régime, et rappelle les quelques prêtres qui ont résisté, au péril de leur vie. On comprend la difficulté de juger les agents du crime, par le soin que l’auteur met à retracer les multiples aliénations, réelles ou supposées telles, qui submergeaient les individus, écrasés par la machine politique et militaire.

Laurence Rees, Ils ont vécu sous le nazisme, Éd. Perrin, coll. Tempus, 2009.
L’historien anglais décrit par le menu (par les témoignages d’anonymes qu’il a patiemment recueillis) le système politique du nazisme pour montrer comment se faisait la chaine de commandement : Hitler ne commandait pas à proprement parler. Il en allait donc de la responsabilité de chacun d’obéir ou de traduire la direction indiquée dans un sens ou dans un autre. Le sens le plus souvent choisi (voire toujours) s’est trouvé être une exacerbation et un durcissement incroyable. Dans ce livre aussi, on voit l’aliénation inconsciente à laquelle les individus sont soumis, sans pouvoir s’en rendre compte – ce qui ne les déculpabilise pas, mais permet de comprendre la spécificité des régimes totalitaires dans la pression formidable exercée sur les individus.

Michel Terestchenko, Un si fragile vernis d’humanité, La Découverte, 2005.
L’auteur analyse les raisons pour lesquelles un individu est conduit à obéir à un ordre monstrueux, pendant qu’un autre est capable d’y résister. Le livre reprend les témoignages de Stangl, à travers le livre de Gitta Sereny, et le travail fait sur le 101e bataillon de Hambourg, pour les mettre en relation avec l’expérience de Milgram.

Stanley Milgram, Soumission à l’autorité, Calmann-Lévy, 1974.
Le psychologue décrit les diverses modalités de l’expérience faite entre 1950 et 1963 pour tester la résistance à des ordres cruels.

Victor Klemperer, LTI, la langue du IIIème Reich, Albin Michel, Pocket, 1996.
Le philologue allemand, mais juif, raconte sa vie pendant les douze années de nazisme, et analyse chaque jour, à 4h du matin, la déformation de la pensée par le « nouveau langage » instauré insidieusement par les idéologues nazis. Il illustre magistralement et dramatiquement le rapport entre la pensée et le langage, en montrant comment les mots informent notre pensée et, par suite, notre comportement.

Sartre, L’Être et le néant, Tel Gallimard, 2ème partie, sur l’être de la valeur.
Sartre met au jour la structure de l’être de la valeur, ce qui permet de comprendre (en recoupant ce texte avec deux autres : l’Idiot de la famille (tome I, p. 139 et sq.) et un inédit paru dans la revue Les Temps modernes, en juillet, Morale et Histoire, octobre 2005) le fondement subjectif de la morale : pourquoi certains obéissent pendant que d’autres trouvent la force morale de désobéir ? Ces textes permettent de ré-interroger la manière dont le Bien nous est donné, ce qui conduit peut-être à fonder à nouveaux frais la morale.

Qui fait l’histoire ? – Bibliographie

Qui fait l’histoire ?
Atelier proposé par Nathalie Monnin
Juin 2010

Sur la conscience historique :
R. Aron, Dimensions de la conscience historique, Plon, 1961 non disponible
A. Prost, Douze leçons sur l’histoire, Seuil, coll. Points/Histoire, 1996
(en particulier le chap. 5 : « les temps de l’histoire ») 907 PRO

Sur la philosophie de l’histoire :
Hegel, La raison dans l’histoire, 10/18
(introduction aux Leçons sur la philosophie de l’histoire, paru intégralement chez Vrin) 193 HEG
Marx, Philosophie, Gallimard, coll. Folio Essais, 2003
(recueil de textes, notamment L’idéologie allemande) Mag 2
Sartre, Questions de méthode, Gallimard, coll. Tel 194 SAR

Sur l’historiographie :
Guy Bourdé, Hervé Martin, Les écoles historiques, Seuil, Points/inédit, 1983 907 BOU, Mag 1
Marc Ferro, L’histoire sous surveillance, Folio Histoire Mag 1
Marc Ferro, Comment on raconte l’histoire aux enfants, Petite Bibliothèque Payot/Documents 907 FER