Ce que nous enseigne l’amour courtois, par Philippe Carpentier

Dans la psychanalyse, il y a de l’amour. Le transfert, c’est de l’amour. L’amour est une affaire certes merveilleuse, mais il faut en convenir, d’une grande complexité.

Prenons par exemple Saint Martin. Voilà quelqu’un de plutôt sympathique, mais, il faut bien le dire, assez étonnant. Il donne au pauvre qu’il rencontre sur sa route une seule moitié de son manteau ! Il y a aussi Salomon, le fameux roi. Confronté à deux femmes qui revendiquent le même objet d’amour maternel et faute d’un accord amiable, il ordonne qu’on tranche l’enfant. Le peintre David l’a très bien représenté. Un soldat tient d’une main la jambe du bébé, pendant que de l’autre il soulève son glaive. C’est très étonnant aussi et a priori, beaucoup moins sympathique et disons même, bien plus cruel que le manteau tranché en deux. Pourtant l’acte de Salomon a cet effet de révéler un amour véritable qu’il n’est pas certain que l’apologue de St Martin recèle. La conclusion de l’histoire est connue. L’une des deux femmes réclame une moitié de l’enfant pendant que l’autre consent à s’en séparer pour que vive l’enfant. Salomon rend alors son jugement.

Et puis il y a le fin’amor, l’amour courtois comme il s’est dit plus tard. C’est là encore assez surprenant. C’est une manière de faire qui ne manque pas d’intérêt mais qui demande, semble-t-il, beaucoup d’efforts, une abnégation qui ne semble pas être la tournure prise dans ce monde, du moins occidental, qui est aujourd’hui le nôtre.

La psychanalyse s’est intéressée à cette modalité de la rencontre qui en effet enseigne sur la fonction de l’amour.

Philippe Carpentier

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Bibliographie pour l’amour courtois – Vendredi 25 mars 2011

Bibliographie, pour la journée du 25 mars 2011 :

Dialogue autour de l’amour courtois entre Denis Hüe, professeur de littérature médiévale à Rennes II et Philippe Carpentier, psychanalyste à Rennes.

À partir de l’exposé de Denis Hüe sur l’amour courtois du XIe au XIVe siècle, Philippe Carpentier interviendra pour porter la parole de Lacan qui, dans le Séminaire VII, voit dans l’amour courtois le paradigme de l’amour : pourquoi ? Que penser alors d’autres formes possibles d’expression de l’amour ? Et que dire, aujourd’hui, de la courtoisie en amour ?

La séance se déroulera sans pause entre le dialogue des deux intervenants et les questions du public.

BIBLIOGRAPHIE :

– Anthologie des troubadours, Paul Fabre, Orléans, Paradigme, 2010 – toute récente et très belle édition, pour une approche lacanienne d’une œuvre de troubadour.

– L’étreinte des mots, Flamenca, entre poésie et roman, Jean Charles Huchet, Paradigme, 1992

– Les amoureuses – voyage au bout de la féminité, Clotilde Leguil, Seuil, avril 2009.

Présentation du livre par l’éditeur :
Pour être de son temps, l’amoureuse du XXIe siècle doit-elle s’en tenir à la recherche d’un éros léger, sans entraves et sans conséquences ? Lorsqu’elle n’y parvient pas, doit-elle consentir à laisser sa passion aux mains de ceux qui n’y voient qu’un dysfonctionnement neuro- cognitif ? A l’envers de ces visions réductrices de l’expérience amoureuse, le cinéma nous en révèle la valeur initiatique. Avec Virgin Suicides (S. Coppola), La vie des autres (E Henekel von Donnersmarck) et Mulholland Drive (David Lunch), Clotilde Leguil nous dévoile le making of des amoureuses. Au cours de leur voyage, Lux, Christa et Diane, les héroïnes de ces filins, se perdent dans un inonde étrange où rien n’était écrit comme elles s’y attendaient. Si l’une nous apprend que l’expérience de la  » première fois  » ratée peut confronter une jeune fille à une angoisse indicible, l’autre nous révèle en quel sens l’amour peut devenir un lieu de résistance à la déshumanisation totalitaire, et la troisième nous confronte à la signification dernière de la recherche du secret de la féminité. L’expérience amoureuse, à travers la destinée de ces trois héroïnes de notre temps, se dorure alors comme un passage secret vers la connaissance de soi.

L’auteur :
Clotilde Leguil est philosophe et psychologue. Elle a contribué à L’Anti-Livre noir de la psychanalyse, sous la direction de Jacques-Alain Miller (Seuil, 2006), et est l’auteur de La Pensée éthique contemporaine (avec Jacqueline Russ,  » Que sais-je? « , PUF, 2008).

– Séminaire VII, l’éthique de la psychanalyse, Jacques Lacan

Présentation du livre par l’éditeur :
Il convient que nous nous arrêtions à ce défilé, à ce passage étroit où Freud lui-même s’arrête, et recule avec une horreur motivée. Tu aimeras ton prochain comme toi-même, ce commandement lui paraît inhumain.
Ne peut-on dire que Sade nous enseigne une tentative de découvrir les lois de l’espace du prochain comme tel ? – ce prochain en tant que le plus proche, que nous avons quelquefois, et ne serait-ce que pour l’acte de l’amour, à prendre dans nos bras. Je ne parle pas ici d’un amour idéal, mais de l’acte de faire l’amour.
Nous savons très bien combien les images du moi peuvent contrarier notre propulsion dans cet espace.
De celui qui s’y avance dans un discours plus qu’atroce, n’avons-nous pas quelque chose à apprendre sur les lois de cet espace en tant que nous y leurre la captivation imaginaire par l’image du semblable?

L’auteur :
Jacques Lacan est né en 1901 au sein d’une petite famille bourgeoise. Il oriente ses études vers la médecine et s’oriente par la suite en psychiatrie. Féru de philosophie, il fait souvent le lien entre ses deux disciplines lors de ses réflexions personnelles. Il est analysé par Rudolf Loewenstein, et débute son entrée dans le monde de la psychanalyse par la présentation de son texte sur le stade du miroir.
Commence alors pour lui l’aventure de sa pensée psychanalytique, teintée de complexité et d’un style compliqué, et articulant des disciplines comme la philosophie, certes, mais aussi la linguistique, qui lui servira souvent de support. Sa pensée va bouleverser la théorie psychanalytique, l’enrichissant de ses réflexions. Elle suscitera de nombreux débats et de nombreuses divergences, toutes réactions à sa théorie étant souvent empreinte de passion.
Il va alors rester sur le devant de la scène psychanalytique française pendant de nombreuses années, et fondera en 1964 l’Ecole freudienne de Paris qui regroupera de nombreux psychanalystes aux idées parfois très divergentes qui entraîneront sa dissolution en 1980. Bien que difficile à aborder, l’enseignement de Lacan fait désormais partie de l’enseignement psychanalytique et a acquis une certaine notoriété. Lacan décède en 1981.
par Psychonet.fr

– L’anthologie des troubadours, Pierre Bec,10/18 (épuisé)

– Burlesque et obscénité chez les troubadours, Pierre Bec, Stock, 1985 (épuisé)

– Florilège en mineur, jongleurs et troubadours mal connus, Pierre Bec, Paradigme 2004

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Intervention de Denis Hüe

Denis Hüe

« Il s’est dit beaucoup de choses de l’amour courtois, et principalement qu’il était chaste et idéal. On partira à l’assaut des idées reçues en soulignant la force du désir qui sous-tend l’ensemble de l’approche de l’amour au Moyen Age, et l’invitation qu’il répète d’aimer « plus haut que soi ». Il n’est pas certain, comme le dit Denis de Rougemont, que l’amour soit une malédiction, une passion ; il est assuré, en revanche, qu’il est un des seuls moyens de s’élever, du XIIe au XIVe siècle. » Denis Hüe

Denis Hüe est professeur de littérature médiévale à l’université Rennes 2. Il a publié de nombreux ouvrages sur la littérature arthurienne, tels que Enfances arthuriennes (éditions Paradigme, 2006), Mythes et réalités, Histoires du roi Arthur (éditions Ouest-France, 2009), puis en 2010, Rémanence – Mémoire de la forme dans la littérature médiévale (éditions Honoré Champion) et tout dernièrement : Lectures de Charles d’Orléans – Les Ballades, aux PU Rennes.

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L’amour, par Gabriel Mahéo

Ateliers populaires de philosophie

Cinquième cycle, du lundi 14 février au lundi 21 mars 2011

L’amour
par Gabriel Mahéo
professeur de philosophie au lycée du Léon à Landivisiau
Bibliographie

Infos pratiques :
Lieu : Auditorium Paul Ricœur au lycée Zola, Avenue Janvier, Rennes
Horaires : tous les lundi, 18h-20h (hors vacances scolaires)
Entrée libre et gratuite, renseignements et contact : 06 11 14 23 70

Programme des ateliers populaires de philosophie 2010-2011

Bibliographie :

Platon, le Banquet et Phèdre.
Max Scheler, Nature et formes de la sympathie.
J.-P. Sartre, L’être et le néant, pour la troisième partie portant sur les relations à autrui, dont l’amour.
S. Freud, Essais de psychanalyse (IIe partie, chap. 8.) et La vie sexuelle (chap. 4).

Deux ouvrages classiques sur la question :
Anders Nygren, Eros et agapè.
C’est une étude qui met au point les deux concepts fondamentaux de l’amour, grec et chrétien, et ce à travers une analyse conceptuelle et une perspective historique sur le christianisme.
Denis de Rougemont, L’amour et l’occident.
C’est une étude historique, qui montre l’origine de notre idée de l’amour dans le mythe de Tristan et Iseut et dans ses métamorphoses (notamment au contact de l’hérésie cathare…).

Les contemporains :
Jean-Luc Marion, Le phénomène érotique.
Jose Ortega y Gasset, Etudes sur l’amour.
Ce dernier est un ouvrage assez court, très accessible et un des plus intelligents sur la question.
Alberoni, Le choc amoureux – étude sociologique de l’amour.